Une RÉTROSPECTIVE conviviale et festive

Plutôt qu’une dégustation classique, Marco Pelletier avait fait le choix d’une « rétrospective » à la veille de la traditionnelle trêve estivale. Un choix judicieux qui a permis de revisiter quatre années de dégustations du « Carré » à travers une sélection entièrement servie à l’aveugle. Venus particulièrement nombreux, les membres du « Square Wine Tasting Club » étaient visiblement contents de se retrouver une nouvelle fois pour ce moment privilégié.

Avec un apéritif au champagne au fur et à mesure de l’arrivée des participants. Un apéritif servi dans une ambiance détendue et festive sur la terrasse de Square avec deux très belles bouteilles. Une sélection, accompagnée de canapés aux oeufs de lump et de focaccia à la tomate verte, issue de deux maisons prestigieuses avec ce Bollinger spécial cuvée, un brut sans année (BSA) de haut niveau, suivi d’une Cuvée Paradis, un champagne rosé d’une grande élégance de chez Alfred Gratien.

Un Clos Windsbuhl 2011 du domaine Zind Humbrecht, un vin d’Alsace droit et généreux élevé sur un terroir calcaire
Un Clos Windsbuhl 2011 du domaine Zind Humbrecht, un vin d’Alsace droit et généreux élevé sur un terroir calcaire

Après ce préambule baigné de soleil, direction notre traditionnelle table en U autour de divers vins blancs. Avec deux vins assez pâles pour commencer la soirée. Deux vins issus de deux cépages différents et servis à l’aveugle. Chenin blanc, sauvignon, chardonnay ? Bourgogne, Alsace ? Les échanges s’animent tandis que notre sommelier cultive volontiers le mystère. Un moment de convivialité agrémenté de canapés de crevettes roses. Avec une relative surprise lorsque Marco Pelletier nous révèle que le premier blanc – « un vin bien né » selon son expression – s’avère un Muscadet 1999 de Pierre Luneau, un propriétaire réputé de l’appellation. Quant au second blanc, servi en magnum, il s’agit d’un Clos Windsbuhl 2011 du Domaine Zind Humbrecht, un terroir calcaire exploité en biodynamie qui produit notamment ce vin d’Alsace d’une très grande droiture avec ses saveur de truffe blanche et de citron vert.

Château Haut-Brion, un très grand vin de Bordeaux, premier grand cru classé depuis 1855, aussi réputé en rouge qu’en blanc
Château Haut-Brion, un très grand vin de Bordeaux, premier grand cru classé depuis 1855, aussi réputé en rouge qu’en blanc

S’ensuivent deux autres blancs, des vins généreux, à maturité et plutôt confidentiels. L’occasion de revisiter une appellation et un propriétaire bien connu de certains participants avec ce Condrieu 2007 de Pierre Bénetière, un vigneron réputé pour la qualité de ses vins issus d’un minuscule domaine – à peine trois hectares – contigu à l’appellation Château-Grillet. Succès garanti ensuite lorsque nous découvrons l’origine du second vin de cette sélection. Un vin onctueux aux saveurs d’amandes douces avec beaucoup de panache aromatique qui s’avère un Château Haut-Brion 2009, un blanc rare et atypique élaboré sur une superficie de moins de trois hectares de l’appellation Pessac-Léognan. Ce vin, tout aussi réputé en rouge, figure parmi les cinq premiers grands crus classés de 1855, une distinction prestigieuse dans la hiérarchie des vins de Bordeaux.

Après les blancs, place aux rouges avec une sélection de deux vins mono-cépage, des vins tendres, ouverts et aromatiques. Caractéristique du pinot-noir avec ses saveurs de cerises burlat, le premier s’avère un Sancerre Charlouise 2012 de chez Vincent Pinard, le second étant un Saumur-Champigny La Marginale 2008 – servi en magnum – des Roches Neuves de Thierry Germain. Deux jolies découvertes, servies sur un tournedos de cochon ibérique, une viande blanche spécialement préparée par notre chef Dominique Giovinazzi.

Un Cornalin Champmarais (ici dans le millésime 2008), une appellation typiquement valaisanne parmi les plus réputées de ce canton suisse
Un Cornalin Champmarais (ici dans le millésime 2008), une appellation typiquement valaisanne parmi les plus réputées de ce canton suisse

Nouvelle sélection de vins rouges maintenant autour de quatre vignobles d’autant de pays (France, Italie, Suisse, Espagne). Une sélection servie avec quatre fromages (vieille mimolette, parmesan, appenzeller, manchego) de ces mêmes pays agrémentés d’une tranche de goyave, un fruit tropical. Une belle occasion de voyager tout en devisant sur l’origine de ces vins à la robe sombre, dont deux particulièrement tuilée. Avec, par ordre d’apparition, un Cornalin Champmarais 2009 de Jean-René Germanier, un vin valaisan issu d’un cépage éponyme, un Ribera del Duero 1998 du domaine Villacreces, un vin espagnol mono-cépage (tempranillo) de la région de Castille et Léon, un Sangiovese Il Carbonaione 2000 du domaine Podere Poggio Scalette, un vin italien également mono-cépage (sangiovese), et un Château Figeac 1982, un Saint-Emilion d’assemblage (merlot, cabernet-franc) proche d’un Pomerol.

La dégustation se poursuit de manière originale avec une bouteille dépourvue d’étiquette et dont Marco lui-même ignore l’origine exacte. Un vin qui remonte sans doute aux années
quarante ou cinquante, avance Marco. « Un vin ancien, vinifié différemment des vins actuels, avec beaucoup de puissance et de structure » poursuit-il en soulignant le caractère « inoxydable » de certains de ces millésimes. Quant à l’appellation, sans doute un Pomerol avance-t-il, tout en laissant planer une part de mystère.

Place au dessert enfin avec une tartelette aux fraises des bois assortie d’une crème mousseline et d’un sorbet de citron vert au porto blanc. L’occasion de redécouvrir deux vins doux avec leurs arômes si particuliers. Le premier sur le fruit et le tabac blond est un Orosz Gábor 6 Puttonyos 2000 de l’appellation Tokaji Aszú, un vin hongrois du cépage éponyme (tokaji) et à très forte teneur en sucre. Une teneur directement fonction du nombre de puttonyos, ces « cagettes » de grappes séchées nécessaires pour obtenir un certain niveau de teneur en sucre (soit six puttonyos pour un minimum de 150 grammes de sucre par litre). Second vin doux, aux arômes de liqueur et de fruits secs cette fois, avec ce Rivesaltes 1978 du Domaine Cazes, une propriété de 220 hectares plus que centenaire et qui produit notamment ce vin naturel assez exceptionnel. Une jolie manière de terminer cette soirée qui aura permis de revisiter de nombreuses appellations, cépages ou régions viticoles dans un esprit d’échange et de partage fidèle à la tradition du « Carré ».