Une rentrée sous le signe des vins de PROVENCE

Une fois encore, Marco Pelletier, le fidèle animateur des soirées du « Carré », a fait preuve d’originalité en plaçant cette dégustation de rentrée sous le signe des vins de Provence. Une manière de prolonger agréablement la période estivale autour d’un thème qui n’avait jamais été abordé auparavant et sans succomber à la mode des vins rosés : « il n’y en aura que deux » prévient Marco Pelletier dans un sourire.

Avant de découvrir les vins de Provence, la soirée débute avec un Alfred Gratien, un champagne traditionnel aux saveurs de noisettes bien connu des membres du « Carré ». Un brut sans année (BSA) classique issu d’un assemblage de pinot meunier (50%) et de chardonnay (50%), entièrement élevé en fûts de chêne. Une jolie entrée en matière accompagnée de pissaladière, une spécialité provençale à base de tarte à l’oignon assortie d’olives noires.

Un Bandol Château Saint-Anne du Domaine Dutheil de La Rochère dans le Var
Un Bandol Château Saint-Anne du Domaine Dutheil de La Rochère dans le Var

S’ensuivent, toujours en guise d’apéritif, les deux rosés annoncés initialement. Deux vins légers, issus de deux appellations familières des amateurs de rosé. Avec, par ordre d’apparition, un Château Sainte-Anne Côte-de-Provence 2014, un domaine familial d’une vingtaine d’hectares exploités en biodynamie, suivi d’une cuvée Cimay, un Bandol 2013 du même propriétaire (si j’ai bien compris puisqu’il s’agit aussi d’un Château Sainte-Anne).

L’occasion pour Marco de revenir sur la nature du vignoble provençal (27.000 hectares dont 22.000 pour la seule appellation Côte-de-Provence), son influence maritime combinée à la richesse de son sous-sol, ses appellations souvent méconnues (Palette, Cassis) et le succès, controversé pour certains, de ses vins rosés qui représentent plus de 80% de la production (de l’ordre de 10% pour les rouges et 5% pour les blancs).

Une mise en bouche suivie d’une sélection de trois appellations, dans les blancs cette fois : un Cassis 2013 du domaine de la Ferme Blanche, un vin ciselé très frais proche d’un chablis, un côte de Provence 2011 cuvée Clarendon, la tête de cuvée du domaine Gavoty, et un vin des Alpilles, une modeste appellation géographique protégée (IGP), du domaine de Trévallon, une propriété d’une vingtaine d’hectares (dont deux hectares vinifiés en blanc) à proximité de Saint-Rémy-de-Provence, qui produit des vins de pays réputés comme ce blanc 2011 proche d’un Meursault. Une réelle découverte accompagnée de petits farcis provençaux, une recette locale à base de poitrine de veau, poivrons, courgettes et champignons préparée par notre chef Dominique Giovinazzo.

Après les blancs, direction le Var pour une première sélection de vins rouges. Avec un coteau varois Les Idées Heureuses 2014 du domaine Les Terres Promises, pour commencer. Un vin élevé en biodynamie sur une propriété de 13 hectares des contreforts du massif de la Sainte-Baume. Cap ensuite sur la presqu’île de Saint-Tropez avec ce Côte-de-Provence du domaine La Bastide Blanche, un rouge boisé à base de syrah issu d’un vignoble en bord de mer racheté en 2001 par le groupe Bolloré.

Une cuvée Valéria, un coteau d’Aix-en-Provence rouge du domaine Les Bastides
Une cuvée Valéria, un coteau d’Aix-en-Provence rouge du domaine Les Bastides

Place ensuite à un coteau d’Aix-en-Provence cuvée Valéria 2010 du domaine Les Bastides, une propriété d’une quarantaine d’hectares soumise à une forte influence rhodanienne. Assemblage de cabernet-sauvignon, de grenache et de mourvèdre, ce rouge rond et charpenté élevé deux ans en foudres de chêne constitue la tête de cuvée du domaine. Un joli vin de garde, proche d’un Châteauneuf-du-Pape avec sa robe pourpre et ses arômes de fruits noirs, idéalement servi sur une daube provençale aux olives accompagnée de marjolaine et de fougasse.

Retour à proximité du littoral maintenant avec ce Bandol 2008 Château de Pibarnon, un domaine de 50 hectares en amphithéâtre à 300 mètres d’altitude et qui produit parmi les meilleurs rouges de l’appellation. Un millésime classique, un peu rustique en bouche, issu d’un terroir exceptionnel, notamment réputé pour son microclimat.

Autre appellation provençale, toujours dans les rouges, avec cette Cuvée Cornalin 1996 du domaine Dominique Hauvette, une viticultrice des Baux-de-Provence considérée comme la meilleure de l’appellation et qui produit ce vin tuilé issu d’un assemblage de cabernet-sauvignon, de grenache et de cinsault, d’une grande maturité.

Après les rouges, retour aux blancs, qui ne représentent, rappelons-le, que 5% des vins de Provence, avec « deux de leurs plus grands représentants » annonce Marco Pelletier. L’occasion de découvrir un Château Simone 2012, un grand cru de l’appellation la Palette, la plus confidentielle (45 hectares) du vignoble provençal. Ce qui donne un vin multi-cépages très droit avec sa jolie robe jaune et ses arômes de vanille et de fleurs.

Un Vino di Gio du Clos Saint-Vincent, un blanc de l’appellation Bellet sur les hauteurs de Nice
Un Vino di Gio du Clos Saint-Vincent, un blanc de l’appellation Bellet sur les hauteurs de Nice

Autre vignoble relativement méconnu, Bellet (49 hectares) dans les Alpes-Maritimes, à proximité immédiate de Nice. Nous découvrons alors une Cuvée Vino di Gio 2007, un blanc aromatique du Clos Saint-Vincent, une petite propriété de 6 hectares sur les hauteurs de Nice. Un vin très septentrional issu d’un cépage méditerranéen (rolle) proche du vermentino, accompagné de chèvre frais et de banon, un fromage de chèvre des Alpes-de-Haute-Provence.

Dernière étape de cette escapade provençale avec ce vin parfumé et aromatique du domaine Les Bastides. Un vin original dont la robe rose ambrée dissimule en réalité un vin cuit dans la plus pure tradition aixoise. Une tradition récemment relancée par ce domaine. Issu d’une concentration à chaud des moûts avant fermentation naturelle, ce vin blanc est traditionnellement servi la veille de Noël, au dessert. Un dessert qui prend ce soir la forme d’une tarte tropézienne, une spécialité locale en réelle harmonie avec les saveurs de ce vin acidulé aux arômes de coing et de chocolat.