À la RENCONTRE de la diversité des vins corses

Difficile de se renouveler ou de découvrir de nouveaux vignobles après autant de séances de dégustation. Quelques semaines après la Provence, Marco Pelletier nous a pourtant ouvert de nouveaux horizons en nous transportant tout simplement en Corse. Un prolongement naturel puisque toujours sous le signe de la Méditerranée.

Avec quelques repères géologiques et géographiques en guise de préambule. « La Corse est un terroir qui combine de nombreux facteurs (élévation, diversité des sols, influence maritime) propices à l’élaboration de vins de grande qualité et d’une grande diversité » assure notre sommelier. La soirée débute alors avec un Ornasca, un muscat blanc à petits grains secs et frais sur la commune d’Ajaccio. Un vin d’apéritif assez rare avec sa robe vert pâle et son nez caractéristique du terroir granitique dont il est issu. Une entrée en matière originale avec des verres initialement disposés afin d’épouser la forme de l’île tout en dégustant une sélection de charcuterie locale (lonzo, coppa, saucisson) dont la qualité et la saveur ne laissent aucun doute quant à la provenance.

Place ensuite à un autre vin blanc, de la région du Cap Corse cette fois. Un vin du domaine Antoine Arena (stylisé en AA sur l’étiquette de la bouteille), un terroir calcaire de la pointe nord de l’île, la plus exposée au vent, qui donne un vin minéral et droit avec beaucoup de salinité, d’acidité et de fraîcheur. Issu du cépage bianco gentile, un cépage local, ce vin de table provient d’une parcelle d’à peine un hectare sur les douze que compte le domaine.

Une tête de Maure avec son célèbre bandana blanc, symbole de l’identité corse
Une tête de Maure avec son célèbre bandana blanc, symbole de l’identité corse

L’apéritif s’achève sous le regard bienveillant d’un drapeau à tête de maure, l’emblème de l’identité corse. Direction notre traditionnelle table en U pour découvrir, en côte-à-côte, trois blancs du cépage vermentino, un cépage d’origine italienne assez répandu en Corse. Avec, par ordre d’apparition, un Clos Capitoro 2014, la tête de cuvée d’un domaine du golfe d’Ajaccio fondé en 1856, un domaine San Micheli 2014, un vin de l’appellation Sartène dans le sud de l’île sur les hauteurs de Propriano, et un Clos Culombu 2014 de chez Etienne Suzzoni de l’appellation Calvi au nord-ouest de l’île. L’occasion de mettre en perspective la dimension très aromatique d’un Sartène issu d’un terroir purement granitique, par opposition à un Calvi nettement plus solaire avec son sol mélange de calcaire et de granit. L’occasion aussi de savourer des cannellonis enrobés de poitrine fumée, spécialement préparés par notre chef Dominique Giovinazzo.

Après les blancs, place aux rouges désormais avec un nouveau côte-à-côte réunissant une cuvée Fiumeseccu 2014 du domaine Alzipratu, un vin multi-cépages de l’appellation Calvi, et une cuvée Roger Courrèges 2009 du domaine de Vaccelli, un vin 100% sciaccarellu, un cépage local, de l’appellation Ajaccio dans la vallée du Taravu en Corse du Sud. D’un rouge intense, le premier se distingue notamment par sa fraîcheur alors que le second, particulièrement « tuilé » avec sa robe ocre, dégage des saveurs proches d’un tawny, un vin de porto également réputé pour sa couleur fauve.

Un Sant Armettu du domaine Paul Seroin, une propriété familiale d’une trentaine d’hectares au coeur de l’appellation Sartène en Corse du Sud
Un Sant Armettu du domaine Paul Seroin, une propriété familiale d’une trentaine d’hectares au coeur de l’appellation Sartène en Corse du Sud

Place ensuite à diverses appellations comme ce Patrimonio 2012 du domaine E Croce, un vin rouge issu d’une propriété de 15 hectares appartenant à Yves Leccia, un viticulteur de Balagne sur les hauteurs de Saint-Florent (Haute-Corse). Une jolie découverte accompagnée de figatellu, une saucisse locale saisie au gril, avant de passer à un Sant Armettu 2011, un vin multi-cépages de l’appellation Sartène qui domine la baie de Tizzano.

Autre appellation du sud de l’île mais sur son versant oriental avec ce Porto-Vecchio cuvée Oriu 2009 du domaine de Torraccia. Un domaine familial de 43 hectares à Lecci de Porto-Vecchio qui produits des vins traditionnels et dont le fondateur Christian Imbert s’est beaucoup démené pour faire reconnaître les diverses AOC de l’île (neuf au total). L’occasion pour Marco Pelletier de rappeler que la première classification des vins corses remonte à 1968 avec l’appellation Patrimonio, suivie de Figari en 1971. Une manière aussi d’expliquer la reconnaissance tardive de ces vins et la propension des propriétaires à ne pas avoir constitué de stocks alors que certaines bouteilles offrent pourtant un excellent potentiel de vieillissement.

Nouveau détour consacré aux blancs avec deux cuvées à la notoriété solidement établie, tout comme cet authentique farfarella u cismonte, célèbre fromage de brebis au lait cru réellement affiné « à l‘ancienne ». L’occasion de découvrir un Clos Canarelli 2012, un vin à la robe jaune très claire de l’appellation Figari, l’une des plus petites (130 hectares) de l’île, dont le propriétaire Yves Canarelli produit des vins parmi les plus réputés de la côte sud. Ce qui donne ici un vin élégant, particulièrement aromatique avec ses notes citronnées, sa pointe vanillée et ses arômes de fleurs blanches.

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Parmi les plus anciens domaines du Cap Corse, Clos Nicrosi produit aussi bien du blanc, que du Muscat petits grains ou du Rappu, un vin doux naturel

Direction le Cap Corse ensuite avec ce Clos Nicrosi 2006, un des plus anciens domaines (39 hectares) de la pointe septentrionale de l’île, domaine qui produit notamment ce Coteau du Cap Corse, un blanc de blanc 100% vermentino à la couleur dorée, d’une grande salinité et aux saveurs de truffe blanche. Une sélection alors agrémentée de fromage de chèvre et de tomme accompagnés de châtaigne et de miel corse.

Désormais bien avancée, la dégustation nous réserve encore deux jolies surprises, toujours au Cap Corse. La première, également issue du Clos Nicrosi, avec un vin rouge typique de cette région, le Rappu. Un vin doux naturel à 16,5 ° issu du cépage aleatico élaboré après une courte période de fermentation à base de « passerillage » avant d’être muté à l’eau de vie (1). Ce qui donne un vin de dessert typique, riche et intense avec ses arômes de figues et de muscat. Un vin non millésimé, la tradition du rappu voulant que l’on mélange les récoltes de différentes années afin de rendre l’appellation la plus homogène possible. Baptisé solera, cette méthode de vinification d’origine andalouse est notamment utilisée pour l’élevage du Xérès, ainsi que pour certaines variétés de rhums, permettant ainsi aux millésimes les plus anciens d’exercer leur influence sur les plus récents tout en conservant un style propre à chaque maison.

Difficile enfin de ne pas se séparer sans évoquer ce Muscat 2013 du Cap Corse d’Antoine Arena, un vin équilibré, frais et gourmand, idéalement servi avec du fiadone, un dessert local à base de citron et de gelée de myrte. L’occasion de montrer une dernière fois la diversité culinaire et la richesse viticole, souvent méconnue, de l’Île de Beauté…

(1) Le « passerillage » est une méthode de vinification qui consiste à enrichir les raisins en sucre en les exposant au soleil durant une à deux semaines immédiatement après les vendanges, les raisins perdant alors en eau pour se gorger en sucre. Ce « passerillage » peut s’effectuer sur souche avec un simple effeuillage avant exposition des grappes au soleil ou bien hors souche en étalant les raisins vendangés au soleil. Il peut également s’effectuer dans des greniers ventilés comme pour le fameux « vin de paille » du Jura où l’opération prend alors plusieurs mois.