Quand « Le Carré » renoue avec les blancs de BOURGOGNE

Après la Provence et la Corse, retour vers un vignoble, la Bourgogne, familier et apprécié des membres du Carré. Un choix visiblement apprécié au vu de l’affluence lors de cette dégustation exclusivement consacrée aux bourgognes blancs.

Avec une cuvée « Vive-la-Joie » 2008, un Crémant de Bourgogne des Caves Bailly Lapierre en guise d’apéritif. Un vin effervescent, issu d’un assemblage de chardonnay et de pinot noir, proche d’un champagne. Une caractéristique à rapprocher des sols argilo-calcaires de cette partie de l’Yonne, à proximité immédiate de la Champagne, où sont basées ces caves à l’origine de la création de l’appellation Crémant de Bourgogne en 1976.

S’ensuite un Bourgogne Blanc 2012 du domaine Henri Gouges, un domaine familial basé à Nuits-Saint-Georges en Côte d’Or. Ce qui donne, dans cette appellation générique, un vin minéral assez strict, proche d’un Chablis. Un vin relativement atypique puisque issu d’un cépage pinot blanc, ce qui est rare en Bourgogne. Une bonne entrée en matière assortie de jambon persillé et de gougères, deux spécialités locales, avant de rejoindre notre traditionnelle table en U et de découvrir le parcours que Marco Pelletier, traditionnel animateur de nos dégustations, nous a préparé.

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Un Rully 1er Cru « Le Meix Cadot » du domaine Vincent Dureuil-Janthial, une appellation typique de la Côte Chalonnaise

Direction le Mâconnais d’abord avec ce Viré-Clessé 2013, une appellation communale 100% chardonnay, du domaine Denis Jeandeau, un jeune vigneron qui produit également du Pouilly-Fuissé. Autre appellation communale 100% chardonnay, dans la Côte Chalonnaise cette fois, avec ce Mercurey 1er cru « La Mission » Monopole 2011 du Château de Chamirey qui donne un vin jaune pâle légèrement vanillé issu d’une parcelle d’à peine 1,8 hectare ou bien ce Rully 1er cru « Le Meix Cadot » 2012 de Vincent Dureuil-Janthial, un vin d’une grande précision, à la fois frais, riche et onctueux. Une première sélection idéalement servie avec une aumônière d’escargots au chaource, un fromage local.

Un Chablis 1er Cru Montmains du domaine Jean-Paul et Benoît Droin, une des dix-huit dénominations de l’appellation Chablis 1er Cru
Un Chablis 1er Cru Montmains du domaine Jean-Paul et Benoît Droin, une des dix-huit dénominations de l’appellation Chablis 1er Cru

Après le Mâconnais et la Côte Chalonnaise, direction l’Yonne maintenant avec ce Chablis 1er Cru Montmains 2010 de Jean-Paul et Benoît Droin, le plus ancien domaine de l’appellation. Un vin qui s’avère rafraichissant et strict, avec beaucoup d’épaule et de texture. Avec une mention particulière pour ses saveurs de coquille d’huitre, saveurs qui nous rappellent que l’on est ici au coeur du kimméridgien (en référence à la baie de Kimmeridge dans le Sud de l’Angleterre), un étage géologique de plus de 150 millions d’années et qui procure au chablis son caractère minéral si prononcé.

Place à un Marsannay ensuite, une appellation d’à peine 220 hectares (dont 25 hectares vinifiés en blanc) du vignoble de la Côte-de-Nuits, à proximité immédiate de Dijon. Nous découvrons alors un Marsannay 2011 du domaine Trapet Père & Fils, un vin de propriétaire 100% chardonnay issu d’une minuscule parcelle d’un demi-hectare.

Autre appellation communale, dans les Côtes-de-Beaune cette fois, avec cet Auxey-Duresse 2008 de chez Pierre Morey, un vin 100% chardonnay aux saveurs de noisettes torréfiées. Accompagné d’un râble de lapin sauce moutarde et de carottes anciennes, cet Auxey-Duresse se révèle très proche d’un Meursault, à la fois au plan géographique mais aussi en terme de vinification. Une première étape avant de prolonger la dégustation autour d’une large sélection de blancs des Côtes-de-Beaune.

Une sélection qui s’ouvre sur un Saint-Aubin 1er Cru En Remilly 2013 de chez Pierre-Yves Colin. S’ensuit un Puligny-Montrachet 1er Cru Les Perrières 2003, un millésime très solaire, du domaine Charles Thomas, puis un Meursault 1er Cru Blagny 2009 du domaine Leroy. Deux vins assez proches, avec beaucoup de puissance et de structure. « Des vins de gastronomie » souligne Marco Pelletier en rappelant discrètement que Lalou Bize-Leroy, propriétaire du domaine Leroy et figure emblématique des grands vins de Bourgogne, possède également 25% du domaine de la Romanée-Conti.

Un Bâtard-Montrachet Grand Cru du Domaine Louis Max, une appellation d’une petite douzaine d’hectares parmi les plus prestigieuses des Côtes-de-Beaune
Un Bâtard-Montrachet Grand Cru du Domaine Louis Max, une appellation d’une petite douzaine d’hectares parmi les plus prestigieuses des Côtes-de-Beaune

Place ensuite à un vin à l’aveugle, accompagné d’époisses et de pain d’épice. Un vin aux arômes de caramel au lait qui se révèlera un Bâtard-Montrachet Grand Cru 1995 de la maison Louis Max. Un vin aujourd’hui introuvable dans ce millésime.

Autre dégustation à l’aveugle avec ce vin d’une grande luminosité, beaucoup de puissance, de densité et d’élégance. Un vin vraisemblablement issu d’une appellation prestigieuse. L’occasion d’échanger entre les convives autour d’un clafoutis aux cerises accompagné d’une marmelade et d’une crème de cassis de Dijon. Avec une quasi-certitude, si l’on en croit le sourire amusé de Marco Pelletier, ce vin – dont la bouteille porte le numéro 770 – est celui d’un propriétaire réputé. Et pour cause puisque ce Corton-Charlemagne Grand Cru 1998 provient du domaine Jean-François Coche-Dury, un producteur emblématique des Côtes-de-Beaune, également réputé pour ses Meursault.

Dernière dégustation, toujours à l’aveugle, avec ce vin droit et frais. Un vin au nez précis et dont Marco Pelletier considère qu’il est « à son apogée ». Un vin minéral et iodé qui ferait volontiers songer à un Chablis. Ce que Marco confirme à demi-mot tout en nous réservant une petite surprise. Alors qu’on aurait pu s’attendre à un cru particulièrement réputé, nous sommes en présence d’un Chablis Village 1996 du Domaine Laurent Tribut. Une manière de relativiser la hiérarchie au sein d’un même vignoble, l’essentiel étant d’apprécier un vin sans se focaliser sur la notoriété supposée de l’appellation…