Autour des BLANCS du Val-de-Loire

Six semaines après la Bourgogne, nous voici transportés dans le Val-de-Loire pour une nouvelle soirée consacrée aux vins blancs. Troisième région viticole de France derrière le Languedoc-Roussillon et le Bordelais, les appellations ligériennes (70.000 hectares) sont largement dominées par la production de vins blancs.

Avec une première dégustation de Gros Plant du Pays Nantais La Marelle 2014, un vin du bassin armoricain tout en largeur et en fraicheur, immédiatement suivi d’un Granite L d’Or 2014, un Muscadet Sèvre et Maine vertical et salin, à base de melon de bourgogne, de chez Luneau-Papin. Servis avec des fines de claire n° 2, un accompagnement idéal pour démarrer agréablement cette soirée de dégustation.

S’ensuit un Saint-Pourçain, une appellation surtout connue pour ses rouges mais servie ici en blanc, avec cette cuvée Tréssaille du Domaine des Bérioles, une propriété de 7 hectares au sud de Moulins dont les vins sont tous élevés en bio-dynamie depuis 2014.

Vient ensuite un Cour-Cheverny, une appellation de cinquante hectares issue d’un cépage 100% romorantin dont l’origine remonte à François 1er, avec Les Châtaigniers d’Hervé Villemade, un vin blanc avec des saveurs de noyaux de pêches et d’abricot. Un vin avec très peu de sulfites et une robe jaune beaucoup plus soutenue que celles de ses prédécesseurs.

Ancien judoka de haut-niveau et médocain d’origine, Thibaud Boudignon a fait ses classes dans le Bordelais puis en Bourgogne avant de s’installer dans le Val-de-Loire en 2008
Ancien judoka de haut-niveau et médocain d’origine, Thibaud Boudignon a fait ses classes dans le Bordelais puis en Bourgogne avant de s’installer dans le Val-de-Loire en 2008

Autre vin avec cet Anjou blanc 2014 de chez Thibaud Boudignon, une petite propriété de seulement 4 hectares à vingt kilomètres au sud d’Angers, sur la rive gauche de la Loire. Un vin intense et fin qui puise ses racines dans les coteaux de schiste de cette partie du terroir angevin.

Un peu plus à l’Est, nous découvrons ensuite un Brézé 2012, un Saumur blanc du Domaine Guiberteau avec ses saveurs de caramel au lait. Un vin sec, tanique et salin, issu d’un terroir argilo-calcaire, servi sur un turbot au beurre blanc, accompagné de salicorne, d’oseille et de pouces de radis, spécialement préparés par notre chef Dominique Giovinazzo.

Place ensuite à deux vins en parallèle, issus de deux appellations à proximité immédiate. Le premier s’avère une Cuvée Rémus 2009 du Domaine de la Taille aux Loups, une propriété de 38 hectares de Jacky Blot à Montlouis-sur-Loire, le second étant un Vouvray sec 2010 du Clos Naudin de Philippe Foreau, un domaine d’à peine huit hectares sur les 2.000 de l’appellation. L’occasion pour Marco Pelletier, notre fidèle sommelier, de réaffirmer, à quel point « le chenin blanc ne supporte pas la médiocrité ». Servies avec des canettes de Challans farcies à la pâte de coing sur un lit de marrons, ces deux appellations – extrêmement proches – ont chacune leurs partisans : davantage de silex ainsi qu’une trame aromatique plus prononcée pour le Vouvray, un sol argilo-calcaire en pente vers le sud pour le Montlouis-sur-Loire.

Direction Menetou-Salon pour un sauvignon blanc maintenant avec ce Morogues 2014, la commune la plus en élévation de l’appellation, du Domaine Pellé, une propriété au nord-est de Bourges exploitée par la même famille depuis quatre générations et qui produit notamment ce vin éponyme particulièrement minéral.

Un Monts Damnés de chez Gérard Boulay, un sauvignon élevé sur des marnes kimméridgiennes au nord-est de Bourges
Un Monts Damnés de chez Gérard Boulay, un sauvignon élevé sur des marnes kimméridgiennes au nord-est de Bourges

Viennent alors « deux seigneurs de très haut niveau » selon l’expression de Marco Peletier : un Sancerre blanc les Monts Damnés 2012, un sauvignon de chez Gérard Boulay, une propriété exposée plein sud sur des calcaires kimméridgiens, d’une part ; une Cuvée Silex 2012 de chez Didier Dagueneau, un Pouilly-Fumé tendu et concentré d’une très grande minéralité, d’autre part. Deux très belles bouteilles accompagnées d’un crottin de Chavignol, un fromage local à base de lait de chèvre cru, dans ses trois affinages (frais, cendré et affiné).

S’ensuit un vin blanc, très jaune, provenant de vieilles vignes qui s’avère un Coteau du Layon 2002 du Château de Breuil. Une très belle bouteille de moelleux issue d’un domaine de 40 hectares (sur les 1.300 hectares de l’appellation) dont l’acidité compense la teneur en sucre de la tarte aux poires sur l’angélique qui l’accompagne.

Reste une dernière découverte avec ce Vouvray issu d’un millésime présenté par Marco Pelletier comme « le plus emblématique de ces quarante dernières années ». L’occasion d’échanger au sujet de ce vin équilibré et acide sur fond de marnes à silex. Intrigué par le millésime, Jérôme Boucheron, le président de Square, décide d’appeler Manuel Peyrondet, l’ex-chef sommelier du Royal Monceau à Paris, un proche de Marco. Quelques instants plus tard, Manuel répond qu’il s’agit sans doute d’un Vouvray Première Trie 1996, un Mont Moelleux du Domaine Huet. Sans surprise, notre ami a vu juste. Une manière originale de conclure cette soirée pleine d’émotions et de rebondissements, y compris au sujet de ce Fidès 2013, un Savennières de chez Eric Morgat, que nous n’avons pas pu déguster car le vin était bouchonné…

Paz Levinson au pied du podium

paz-levinson-jerome-boucheronLa sommelière argentine Paz Levinson a terminé quatrième du concours désignant le meilleur sommelier du monde, trophée remporté mi-avril par le suédois Jon Arvid Rosengren devant les français Maurice Biraud et Julie Dupouy (cette dernière représentant l’Irlande). Un joli parcours pour cette sommelière de trente-cinq ans que nous avait présenté Marco Pelletier en février dernier lors d’une dégustation du Carré consacrée aux vins d’Amérique du Sud. Meilleure sommelière des Amériques en 2015, Paz Levinson sera sans doute présente lors de la prochaine édition de cette compétition prévue en 2019 durant Vinexpo Bordeaux. Une manière originale de prendre date pour cette jeune femme trilingue qui exerce aujourd’hui en France. Après avoir raté d’un cheveu la finale du Théâtre de l’Indépendance à Mendoza (Argentine), espérons que le temps jouera en sa faveur, tout comme il joue incontestablement en faveur des femmes. Sur les cinq meilleurs sommeliers au monde à l’issue de cette compétition, trois sont des femmes, dont la canadienne Élyse Lambert, classée cinquième.