Le Carré à la rencontre des vins de VÉNÉTIE

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Après les vins de Savoie lors de la précédente dégustation, changement de registre avec la Vénétie pour nouvelle escapade. Une destination judicieuse si l’on en croit le potentiel viticole de cette région adriatique du nord-est de l’Italie. Troisième région de production derrière la Toscane et le Piémont, la Vénétie et ses 77.000 hectares de vignoble comportent une vingtaine d’appellations dont Marco Pelletier, en fin connaisseur, nous propose une sélection particulièrement authentique.

Avec un vin blanc pétillant en guise d’apéritif, un Pet Nat, un vin élevé selon une méthode ancestrale composé de muscat et de garganega, un cépage local. Ce qui nous donne un Val di Spin du vignoble Cecilia, un vin léger, non filtré et salin servi avec des spécialités vénitiennes frito misto. Un vin aérien aussi, assez en vogue en ce moment car extrêmement bon marché.

Autre vin blanc pétillant avec un incontournable Prosecco Valdobbiadene 2015 du Domaine Silvano Follador, l’un des rares vignerons à vinifier lui-même l’ensemble de ses raisins. Un prosecco issu du cépage glera et élevé de manière traditionnelle sur un terroir volcanique au Sud de la Vénétie à 250 mètres d’élévation avec une réelle influence maritime.

Après cet apéritif effervescent et chaleureux, direction notre traditionnelle table en U pour poursuivre la dégustation autour de plusieurs vins blancs, souvent très légèrement frizzante. Avec un vin blanc des environs de Vérone, un Prendina 2015, une Indicazione geografica tipica (IGT) issu d’une maison fondée en 1900, pour commencer. Ce qui donne un pinot grigio d’une belle définition aromatique avec une grande sensation de fraicheur.

Place ensuite à un assemblage de tai et de sauvignon pour ce Bidibi 2015, un vin aérien et aromatique de la maison Maculan. Une IGT fermentée dans une cuve en inox comme le vin précédent.

Un Pieropan de l’appellation suave classico du domaine La Roca, un domaine au Nord de Venise, au pied des Alpes italiennes
Un Pieropan de l’appellation suave classico du domaine La Roca, un domaine au Nord de Venise, au pied des Alpes italiennes

S’ensuivent deux vins blancs servis en parallèle, plus soutenus et plus structurés que les précédents. Le premier, un Pieropan 2014 du domaine La Roca, un vin élaboré sur un minuscule terroir de deux hectares, soit une production de l’ordre de 8.000 bouteilles par an pour ce soave classico – sans doute le meilleur de l’appellation – issu d’un cépage 100% garganega.

Autre registre avec Le Lave 2013, un blanc d’assemblage (50% garganega, 50% chardonnay) d’un jaune très soutenu de la maison Bertani, une propriété de 200 hectares fondée en 1857 sur un terroir volcanique appuyé sur une roche mère calcaire.

Après cette sélection de vins blancs, place aux rouges maintenant, lesquels représentent l’essentiel de la production italienne. Avec un premier vin, vaguement tuilé, de la Tenuta Sant’Antonio, une maison fondée il y a 150 ans et qui produit notamment ce Valpolicella Classico 2013. Un grand classique que ce vin d’assemblage élevé entre 550 et 600 mètres d’altitude dans une appellation qui peut réserver le meilleur, comme ce soir, ou le pire.

Autre Valpolicella Classico avec ce Sant Urbano 2013 de la maison Speri, l’une des plus anciennes d’Italie. L’occasion de découvrir un vin rouge aux arômes de caramel et de cuir servi avec du foie de veau à la vénitienne sur une réduction d’oignon et de sauge accompagné d’un risotto à la trévise.

Un valpolicella du domaine Giuseppe Quintarelli, le vigneron le plus réputé d’Italie. Un vin facilement reconnaissable à son inimitable étiquette verte
Un valpolicella du domaine Giuseppe Quintarelli, le vigneron le plus réputé d’Italie. Un vin facilement reconnaissable à son inimitable étiquette verte

Toujours dans le même registre, place à un Valpolicella 2006 de Giuseppe Quintarelli, le vigneron le plus réputé d’Italie bien que décédé il y a deux ans. Avec ici un vin d’une très grande précision et beaucoup de longueur en bouche. Un vin vieilli en foudre et barrique avec une bouteille originale, facilement reconnaissable avec son inimitable étiquette verte.

Nouvelle découverte ensuite avec cet Amarone della Valpolicella 2007 de la famille Vaona. Un vin très sombre, très frais et très digeste dont Marco Pelletier nous assure qu’il est « le plus rare de la Vénétie ». Élevé dans un lieu-dit baptisé Pegrandi, cette parcelle d’une dizaine d’hectares donne son nom à la cuvée qui bénéficie de la dénomination classico riserva.

Autre variété de valpolicella avec ce Riciotto della Valpolicella Classico Le Peagnè 2012, toujours de la même famille Vaona. Ce qui donne un vin doux, frais et digeste malgré ses 90 à 100 grammes de sucre résiduel par litre pour une production limitée à 2.500 bouteilles par an. Servi avec du grana padano affiné durant 24 mois et du gorgonzola, l’accord préparé par notre chef Dominique Giovinazzo s’avère particulièrement réussi.

Place à un vin moelleux maintenant avec ce Maculan Acininobili 2009, un vin blanc d’une grande luminosité élevé sur un terroir volcanique et qui affiche 130 à 140 grammes de sucre résiduel par litre. Issu de bouteilles de 37,5 centilitres et accompagné d’une tarte russe de Vérone au panettone avec de la frangipane, l’accord se révèle une nouvelle fois très réussi.

Dernière étape avec cette incontournable grappa de la Vénétie de la maison Jacopo Poli, une distillerie familiale fondée en 1898 à Schiavon au Nord de la Vénétie. Une belle grappa dans sa bouteille de verre soufflé, légèrement moelleuse avec des arômes de fleurs et d’herbe fraiche. Une jolie conclusion pour cette soirée entre amateurs, soirée toujours aussi chaleureuse et animée.