Une soirée BORDELAISE particulièrement réussie

La seconde séance de dégustation du « Square Wine Tasting Club » depuis la rentrée s’est tenue mi-octobre dans les locaux de Square entièrement rénovés. Avec un thème, le Bordelais en rouge et en blanc, spécialement sélectionné par notre sommelier Marco Pelletier qui nous assure d’emblée qu’il y aura « beaucoup de vins d’auteur » durant cette soirée.

Avec un petit rappel pour commencer, notre fidèle sommelier nous précisant que les premiers vins de Bordeaux ont commencé à être élevés dès le IIème siècle avant JC et que ce vignoble était le deuxième plus grand (120.000 hectares) de France derrière celui du Languedoc-Roussillon (228.000 hectares). L’occasion de relever aussi que le Bordelais était historiquement – contrairement à la Bourgogne dominée par les religieux et diverses communautés – un écosystème de courtiers en vins rouges, notamment chargés d’approvisionner les navires du port de Bordeaux depuis le XIIème siècle et le règne d’Aliénor d’Aquitaine.

Place à l’apéritif maintenant avec un Clos de Floridaine 2009, un Graves blanc servi sur des rouleaux de printemps avec de la Saint-Jacques crue. Un vin de fraicheur donc composé essentiellement de sauvignon (90%) et de sémillon (10%) dans un millésime particulièrement solaire.

Un Château Les Charmes-Godard (ici dans le millésime 2011), un Côte de Francs de chez Nicolas Thienpont

S’ensuit un Côte de Francs Château Les Charmes-Godard 2013 de Nicolas Thienpont. Un vin 100% sémillon de la plus petite appellation (530 hectares) du Bordelais.

Direction ensuite notre traditionnelle table en U pour le dîner proprement dit. Avec un Blanc sec 2016 de Suduiraut, un domaine de 94 hectares propriété du groupe AXA depuis 1988, servi sur de la salade de coco de Paimpol, du râpé de fenouil, des aubépines, des amandes douces et de l’anguille fumée avec des œufs de saumon.

Place ensuite à un Château Carbonnieux 2013, un Pessac-Léognan Grand Cru Classé de Graves issu des premières vignes exploitées dans le Bordelais et dont le domaine fut détenu par des moines du XIIème au XVème siècle.

S’ensuit une dégustation à l’aveugle autour d’un vin blanc qui n’existe plus. Un vin un peu torréfié et aux odeurs de cacahuètes issu d’un cépage 100% chardonnay qui s’avère un Château Lesparre 1996, un Graves de Vayre provenant de la deuxième plus petite appellation (600 hectares) du Bordelais.

Direction le Médoc maintenant avec un vin du vignoble Paul Barre, un précurseur de la biodynamie dans le Bordelais, dont nous dégustons une cuvée Éole 2014, un Fronsac issu d’un assemblage de merlot, cabernet franc et malbec. Un joli vin rouge, très fruité et aromatique avec des saveurs de cassis et de poivre.

Nous rejoignons ensuite l’incontournable Saint-Émilion pour découvrir un Château Bellisle Mondotte 2011, un Saint-Émilion Grand Cru d’un domaine exploité en biodynamie depuis 1997.

Place maintenant à un viticulteur que Marco Pelletier désigne comme « le gaulois de l’appellation » avec son cabernet-sauvignon non levuré, un vin végétal, épicé et très authentique, de l’appellation Saint-Julien mais déclassé volontairement en vin de France. Ce qui nous donne un vin comme on les élaborait il y a soixante-dix ans insiste notre sommelier en nous faisant découvrir à l’aveugle ce Jaugaret 2011 de Jean-François Fillastre, un vin sans aucun sulfite.

Un Château Sociando-Mallet, un Haut-Médoc d’une propriété appartenant à un ancien champion de tennis

S’ensuit un magnum de la rive gauche de la Gironde, un vin assez sombre aux odeurs de truffes noires et que Marco Pelletier qualifie de « plus grands des crus bourgeois exceptionnels ». L’occasion de découvrir un Château Sociando-Mallet 1996, un Haut-Médoc d’une propriété d’un peu moins de cent hectares appartenant à Jean Gautreau qui, à quatre-vingt-dix ans, est sans doute le doyen des viticulteurs bordelais (1). Un vin servi sur une blanquette de veau bordelaise avec des pommes de terre et une poêlée de cèpes spécialement préparés par notre chef Dominique Giovinazzo.

Retour à la rive droite de la Gironde ensuite avec ce vin d’un très grand toucher de bouche. Un vin riche et onctueux à base de merlot qui s’avère un Château Bellefont-Belcier 1966, un Saint-Émilion Grand Cru.

Nouveau magnum d’une veine de terroir légèrement différente que le vin précédent avec cette bouteille de la rive gauche de la Garonne. Issu d’un cabernet-sauvignon, nous sommes assurément en présence d’un grand vin avec beaucoup de profondeur et de texture. Et pour cause puisque qu’il s’agit d’un Château Lafite-Rothschild 1976, un Pauillac de cette année de grande sécheresse.

Place ensuite à un vin demi-sec (environ 50 grammes de sucres résiduels par litre) autour d’un roquefort et d’un bleu de Gex, un assortiment toujours très apprécié des amateurs de fromages à pâte persillée. Nous découvrons alors un vin blanc avec beaucoup d’acidité et d’une grande complexité aromatique essentiellement composé de sémillon, en l’occurrence un Bordeaux supérieur moelleux de 1953 issu d’une maison d’origine alsacienne et un des plus anciens domaines bordelais.

Un Château Rieussec, 1er Grand Cru Classé de l’appellation Sauternes, un vin naturellement chargé en sucre

Nous découvrons ensuite un incontournable Sauternes aux saveurs de coings et d’écorce d’orange. Un vin moelleux naturellement chargé en sucre avec une jolie patte aromatique qui s’avère un Château Rieussec 1994, un Sauternes 1er Grand Cru Classé selon le classement de 1855.

Dernière dégustation avec ce vin tonique d’une grande acidité et d’un grand millésime servi sur un cannelé de Saint-Émilion avec de la mangue et de l’abricot. Un vin jaune clair issu d’un domaine de 14 hectares contigu à Château d’Yquem qui s’avère un Sauternes Premier Cru Classé Sigalas Rabaud 2010, un grand millésime. Une jolie conclusion pour cette soirée du Carré toujours aussi conviviale et chaleureuse.

(1) Jean Gautreau est également un ancien joueur de tennis de haut-niveau puisqu’il fut demi-finaliste junior de Roland-Garros à l’âge de dix-huit ans.