À la découverte des vins des ÎLES

La dernière dégustation de l’année 2017 du Carré s’est tenue dans la deuxième quinzaine de novembre autour d’un thème assez original à savoir les vins des Îles (Sicile, Corse, Sardaigne, Madère). Un thème spécifiquement concocté par Marco Pelletier, notre fidèle sommelier, qui va nous donner l’occasion de passablement voyager et pas seulement en Méditerranée ! « Nous sortons de la zone de confort des Bordeaux » de la précédente dégustation avertit d’emblée Marco Pelletier tout en soulignant l’intérêt de ces vins en terme d’influence maritime.

Témoin, cet apéritif qui démarre autour d’un sparkling blanc, un vin effervescent du Sussex dans le Sud-Est de la Grande-Bretagne. Une très belle bouteille issue d’une propriété de 170 hectares située sur la faille du Kimmeridgien, une faille calcaire de 150 millions d’années, la même qui traverses la Champagne. Ce qui nous donne un effervescent issu d’un assemblage de pinot-meunier, chardonnay et pinot noir sur une base 2010 baptisé Classic cuvée Nyetimber servi avec des épluchures de pommes de terre.

Un Shizen, un vin japonais élevé par le Français Denis Dubourdieu

S’ensuit un vin blanc extrêmement léger, un vin de transition très aromatique issu d’un cépage autochtone aux saveurs de litchi et de raisins frais provenant d’une île réputée pour sa gastronomie. Un vin étonnant avec très peu d’acidité, beaucoup de confort en bouche et venant du Japon ! Une découverte assez surprenante donc que ce vin élevé au pied du Mont Fuji sur un terroir volcanique et très humide à 35 degrés d’inclinaison qui s’avère une Cuvée Denis Dubourdieu 2015, un Shizen élevé par un œnologue Bordelais récemment disparu et provenant du cépage koshu. Un vin servi sur de petits ramequins à base de lait de brebis et de chèvre avec du miel de palme de Lanzarote aux Îles Canaries.

Direction notre traditionnelle table en U ensuite pour découvrir un autre vin des îles, un vin aérien, frais et salin qui s’avère un Trenzado 2013, un vin de la vallée d’Orotava au Nord de Tenerife. Un vin à 13,5 degrés issu de la Suertes del Marqués, un vignoble repris en 2006 par une famille qui revendait auparavant ses raisins à la coopérative locale. Avec une caractéristique, souvent propre aux vins des îles, qui est d’avoir été vinifié dans des vases en terre cuite enterrés dans le sol. Un vin élevé en plaine et en double guyot, une taille longue, servi sur des tempuras avec des fèves de soja edamame, des poivrons coniques et du pequeño cuit à la vapeur avec des rillettes de sardines.

Parmi les plus anciens domaines du Cap Corse, le Clos Nicrosi produit aussi bien du blanc de blancs que du Muscat ou du Rappu, un vin doux naturel

Place maintenant à un vin du Cap Corse, un vignoble très venteux et très salin de la pointe Nord de l’île. L’occasion de redécouvrir un Clos Nicrosi 2014, un vin blanc assez sombre de chez Sébastien et Marine Luigi, propriétaires d’un domaine de huit hectares fondé en 1850 qui est le plus ancien de l’île. Ce qui nous donne un blanc de blancs 100% vermentino à la couleur dorée, d’une grande salinité et aux saveurs de truffe blanche que nous avions dégusté il y a deux ans dans le millésime 2006.

Direction la Sicile ensuite pour découvrir une propriété d’une petite quarantaine d’hectares exploitée en biodynamie et baptisée Cos qui produit notamment ce Pithos Bianco 2014, la tête de cuvée du domaine issue du cépage grecanico et élevée dans des amphores enterrées et scellées sur un terroir particulièrement calcaire.

Après les blancs, place aux rouges maintenant avec deux vins aériens et digestes, légèrement acidulés et avec très peu de tanins, servis en côte à côte.

Le premier, très gracieux et acidulé avec très peu de tanins en bouche vient de la région de Marlborough dans le Nord de la Nouvelle-Zélande. Il s’agit d’un vin du millésime 2012 du Domaine Michael Seresin, un pinot noir très salin et minéral, issu d’un terroir argilo-calcaire.

Le second est issu d’une minuscule parcelle d’un hectare en Sicile qui produit ce vin d’une insolente minéralité pour un vin rouge. Un vin frais et lumineux qui s’avère un Etna Rosso Guardiola 2014 de la Tenuta delle Terre à base du cépage nerello mascalese.

S’ensuivent deux vins rouges très démonstratifs. D’abord un vin légèrement tuilé, gorgé de soleil et très démonstratif, servi avec du cochon de lait, des pommes de terre sautées et des poivrons avec une tapenade d’olive et des tomates séchées, qui est un vin de Sardaigne Riserva 2010 issu d’un cépage grenache communément appelé cannonau et élevé sur un terroir volcanique par Giuseppe Sedilesu. Une tête de cuvée à 15,5 degrés provenant de l’un des domaines mythiques de Sardaigne, le Domaine Ballu Tundu au Nord-Ouest de l’île.

Second vin rouge, issu de Corse du Sud cette fois, avec cette appellation Ajaccio du Domaine Vaccelli et cette Cuvée Roger Courrèges 2009. Un vin sec mais sucré et aromatique provenant d’une propriété de trois hectares inclinée à 45 degrés.

Place maintenant à un vin rouge des Îles Baléares issu d’un cépage callet, un cépage local et rustique, avec ce Falanis AN 2007 du Domaine Anima Negra, une propriété située sur un terroir sablonneux et calcaire au Nord de Palma de Majorque. Ce qui nous donne ici un vin à 14 degrés, un vin bien fait et assez aromatique.

Un vin de Madère du domaine Barbeito, une des douze bodegas de l’île

Nouvelle bouteille issue d’un terroir volcanique comme la plupart des vins insulaires avec ce vin rouge couleur havane d’une tonicité et d’une énergie remarquables provenant d’une propriété à flanc de coteaux. Nous découvrons alors un vin avec beaucoup d’acidité et une forte odeur de sucre de canne de la Maison Barbeito, une des douze bodegas et l’une des plus récentes de Madère, une île portugaise de 2.000 kilomètres carrés située dans l’océan Atlantique à l’Ouest du Maroc. Une île qui subit encore une forte influence britannique, les Anglais ayant d’ailleurs été à l’origine des vins de Madère. Ce qui nous donne ici un vin provenant d’un cépage malvoisie particulièrement acide, un vin de vingt ans d’âge que l’on pourrait classer comme parmi les plus jeunes de Madère. Un vin moderne aux saveurs d’écorce d’orange et servi sur deux fromages de brebis, du pecorino jeune et du roquefort.

S’ensuit un second vin madérien aux arômes de cigare pluvieux, un vin multi-millésime des années soixante-dix, un Boal half sweat, autrement dit demi-sec, de la Maison Borges et numéroté 723193.

Vient ensuite un vin aux saveurs de figues, de dates et de clous de girofle, « un des plus anciens vins au monde » assure Marco Pelletier. Un vin servi sur un melo macarona, un dessert chypriote de Noël. Un vin avec beaucoup d’acidité volatile et très sucré (250 grammes de sucre résiduel par litre) qui est naturellement un vin de Chypre, un Etko 2000 de la Commandaria Centurion, un domaine fondé en 1844, servi sur une salade de clémentines.

Dernier détour par Madère enfin pour un vin d’assemblage embouteillé à Arras – en France donc – par Monsieur Boudringhin en 1939. Un vin fin et authentique, sachant qu’à l’époque les vins de Madère se vendaient plus cher à l’international que la Romanée-Conti ! Avant que ces vins ne connaissent un gros coup d’arrêt entre 1960 et 1970…